De la cimaise au flux : la métamorphose virtuelle
L'exposition virtuelle Totems réinvente et prolonge une démarche artistique initiée en 2010, profondément ancrée dans l'immédiateté des flux numériques et l'exposition virtuelle permanente sur des plateformes telles que Tumblr, Instagram, Facebook et Twitter. Pensée en 2024 sous la forme d'un accrochage mural d'impressions physiques au format A4,, l'œuvre trouve dans sa recréation virtuelle une dimension supérieur : elle refuse la fixation définitive pour embrasser le mouvement dans une métamorphose infinie.
Un protocole minimaliste et sériel
À chaque actualisation de la page web, un simple script redéploie de manière aléatoire une grille de soixante-quatre affiches monochromes parmi un répertoire sélectionné. Les aplats de couleurs s'assemblent pour composer un territoire visuel sans cesse renouvelé et, sur chaque affiche, un énoncé original en langue anglaise se déploie selon une stricte disposition verticale : un seul mot par ligne, transformant la lecture en une expérience visuelle.
Piège chromatique et camisole graphique
La couleur agit comme un premier niveau d'attraction visuelle et enrobe le trauma, l'urgence ou la contestation, transformant chaque affiche en un piège visuel : le spectateur est d'abord attiré par le spectre chromatique avant d'être percuté par le texte. La structure géométrique agit comme une camisole graphique sur l'angoisse existentielle ; elle est une tentative d'organiser me chaos, de contenir la violence et de baliser l'errance. Ce contraste entre rigueur formelle et liberté aléatoire permise par le script crée une œuvre à la fois hautement conceptuelle et définitivement vivante.
L'intime et le politique à l'ère des réseaux
Comme la nature des contenus se mélange et surgit de façon aléatoire sur les plateformes d'interaction sociale et d'exposition personnelle, la confidence intime côtoie ici le manifeste politique. Cette promiscuité souligne aussi bien la dimension politique de l'intime que les séquelles personnelles d'un événement public. Les aphorismes composés par l'artiste s'affichent à l'écran comme sur une cimaise publique libre et démocratique. Ces énoncés de natures différentes se soumettent à l'attention du spectateur dans une même urgence : ils puisent autant dans le manifeste politique que dans l'actualité économique et sociale ou la poésie, formant une chronique et un autoportrait instantanés et fragmentaires de l'auteur qui rend compte de son rapport au monde, à lui-même et aux autres.
Matérialité, accès et émancipation du marché
En transposant des formats d'impression institutionnels aux proportions 1,414 : 1 (A4 / A3) sur un écran par le biais d'un script programmé pour générer un affichage aléatoire, l'artiste questionne la matérialité de l'œuvre d'art et le partage de l'information, des idées et des œuvres à l'ère du tout-numérique. Il permet également d'interroger l'accès des artistes aux espaces d'exposition institutionnels et, ce faisant, dissocie la monstration des travaux de l'artiste de l'économie du marché de l'art.
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